INFORMATIONS PRATIQUES
BLOC-NOTES
LES JARDINS DU LORIOT
ACHATS ET RESERVATIONS
NOUVEAUTES
- Les 8 secrets d'Hildegarde de Bingen (2026)
- Le circuit de Sun Wukong (2025)
- <+ Chasse au Trésor (juin 2025)
- Dragon-Cheval (2023)
- La Hutte de Sima Guang (2022)
Aux fameuses Editions de Vendée-Lettres vient de paraître "Merci Mamie" rédigé et illustré par Michel Pelé. Avant qu'il ne fasse la Une de La Grande Librairie, pourquoi pas, je voudrais vous causer de cette belle ouvrage.
Ouvrage publié en mars 2026, 188p illustrations couleurs.
Pourquoi ? Déjà pour son titre : Merci Mamie. Manière d'honorer ces fées qui ont maintenu les traditions culinaires avec amour.
1 - Tour d'horizon
Michel Pelé à la page 4 de couverture donne la tonalité de son ouvrage :
La cuisine des mamies, c'est l'école du partage,
L'apprentissage et le respect des aliments.
La pédagogie de la découverte, de l'anti-gaspi.
C'est repérer les astuces vieilles de plusieurs générations (comme Mathusalem).
Le tout dans un mesclun de vives,
de complicités, de petits secrets,
confidences loins des oreilles des parents, des adultes.
La cuisine des mamies, c'est grandir sans s'en apercevoir,
c'est s'enrichir de souvenirs, de parfums,
de goûts à jamais indélébiles.
J'ai la "mauvaise habitude" de commencer par la fin. Alors poursuivons...
Le sommaire est copieux, roboratif. Le menu met en bouche et donne envie de lire ce manuel comme un roman. Il commence par un dialogue charmant avec Mamie : "Dis mamie, ça veut dire quoi toutes ces expressions ?" . Michel est aussi un pédagogue. Il ne se contente pas d'établir des recettes originales avec de belles illustrations et photographies de son cru, mais il a travail dur au fourneau pour fournir des explications, pour raconter des petits histoires y compris humoristiques, pour recueillir des expressions culinaires délicieuses de vraies friandises. C'est très instructif, si je n'avais pas lu "Merci Mamie", j'aurais pu ramener ma fraise à propos de l'introduction des plants de fraisiers en écoutant Pivot dicter du ciel : "de retour en France, Monsieur Frézier, au nom prédestiné, rapporta ces petits fruits, à Monsieur de Quintinie..."
2 - Une forme tout aussi affriolante que le fond (comme l'artichaud).
Son côté aidant et didactique est clairement annoncé par la forme originale du support retenu : les 186 pages de son ouvrage sont reproduites en format 21x29,7 sur des pages quadriées qui rappellent nos cahiers d'école : de nombreux paragraphes et titres rappellent l'écriture à l'encre tracée avec une plume sergent-major. Cette forme choisie souligne la volonté de transmettre aux générations futures des savoirs-faire, à la fois ancestraux mais aussi les expériences réussies du Maître cuisinier qu'est Michel Pelé !
Il est valeureux, à l'heure l'Intelligence Artificielle.. de consacrer une douzaine de pages à des recettes manuscrites des années d'avant-guerre (i.e. 2nd GM). Certaines recettes extraites de ses cahiers familiaux de cuisine ressemblent à celles recopiées par ma mère en attendant, durant 5 ans le retour de son fiançé prisonnier en Allemagne. Notre auteur a lui aussi précieusement conservé des cahiers remplis de recettes de famille, avec des notes rajoutées comme sur un post-it pour transcrire des retours d'expériences, des échanges entre cuisinières. En suggérant que l'art culinaire n'est pas un exercice solitaire mais bien au contraire de la sociabilité, Michel Pelé, montre bien à la manière de Brillat-Savarin l'angle d'ouverture de ses recherches. "Merci Mamie" n'est pas qu'un recueil de recettes, il est un regard porté par un cuisinier émérite curieux d'observer ce qui ce passe dans les estaminets, les cuisines, au four et au moulin !
3 - Le rôle discret mais social des mamies cuisinières et de leur descendance...
J'en viens à l'introduction consacrée au Mères, ces Mères Denis de la cuisine et de la gastronomie et de la gastrosophie (je ne m'attendais pas à retrouver dans un ouvrage de cuisine une citation de Charles Fourier l'utopiste du XIXe siècle !). Le choix fait par l'auteur de décrire l'histoire de ces femmes de caractère qui tenaient estaminet et auberge avant que la condition féminine dans la société française ait évolué de façon très visible, me donne à penser que cet ouvrage peut être considéré aussi comme un narratif culinaire, reflet dynamique du rôle des mamies et femmes "au fourneau" (et non pas de femmes au foyer !), avec, en perpective, une femme, que dis-je, une épouse, allégée par certaines tâches ménagères... et susceptible d'acquérir un nouveau statut social dans le cadre d'une évolution sociale au sein de la famille. C'est du moins ce que je ressens en observant la page 1 de couverture. A quoi rêve la jeune femme en cuisine, pétrissant la pâte dans la poêle ? Au fond, Michel Pelé évoque des souvenirs, du Mont Saint Michel et d'ailleurs, qui se sont transformés. En arrière plan de "Cà c'est vrai" ou du bouchon de la Mère Poulard apparaît le combat discret et patient de ces Mères courage. Mais aussi l'arrivée du progrès technique, censé libérer la femme des tâches les plus pénibles. --- Merci à Monsieur Citroën d'avoir demandé à ses ingénieurs de concevoir et créer une voiture pas chère, permettant à la fermière de ramener à la maison des oeufs "sans faire d'omelette" lorsqu'elle traversera les champs de pommes de terre en roulant à la perpendiculaire des sillons ! --- Et un grand bon en avant a été fait. Désormais, au sein des familles, la cuisine est effectivement en partage. Ce n'est plus l'attribut exclusif de la "Mamie". Les recettes restituées par l'auteur intéressent donc aujourd'hui toute la famille, par delà l'ancestrale division des tâches. Tout ça est substil chez Michel qui pour autant ne se prend pas pour Pierre Bourdieu ou Simoine de Beauvoir ! Mais à sa manière, bien de chez nous, il éreinte le côté machiste de l'auteur de Code civil qui avait réduit la femme à une fonction de procréatrice ("La femme est donnée à l’homme pour qu’elle lui fasse des enfants"). Les cuisinières de caractère de cette époque, comme les femmes naturopathes à l'époque de l'Inquisition, ont fait beaucoup pour la condition féminine et l'équilibre des rôles au sein des familles et dans la société. N'en déplaise à l'Empereur qui a bien mal terminé.
4 - Le gros morceau
Quant au contenu, le "morceau central" est composé de recettes illustrées, annotées à partir des expérimentations novatrices et validées. J'ai choisi de prendre un exemple qui sera plus parlant qu'un long discours comme disait Napoléon. En page de gauche nous avons une photographie du plat et à droite la recette. Et comme par "hasard", mon choix s'est porté sur La Salade du Loriot.


Vous noterez que Michel a pris la précaution de préciser : "200 g de pousses de bambou en bocaux". Les prélèvements de turions de Phyllostachys exigent qu'ils soient ébouillantés par deux fois afin de faire disparaître des principes cyanuriques !
5 - En guise de conclusion
Même si c'est une erreur de vouloir conclure, si j'en crois Flaubert, je dirais que "Merci Mamie" de Michel Pelé, ce brillat-Savarin des temps modernes, ne se bouffe pas, mais ça se déguste au fil des saisons. Et sans restrictions aucune, offrez en à vos mamies, vos tantes, cousins, amis... sans vous oublier. Alors courrez vite dans les meilleures librairies avant que cette remarquable 1ère édition soit épuisée ! C'est aussi bon qu'une tarte aux freizes... N'oubliez pas qu'il sera présent également aux Jardins du Loriot pour vous dédicacer son livre (1). le 15 août. Dans ce cas il est prudent de lui réserver un exemplaire ou de l'acheter en visitant les Jardins du Loriot.
Jacques Chaplain, Les Jardins du Loriot 19 mai 2026
(1) Post-scriptum :
Avant que les poules et autres loriots,
les huppes, les geais, mais aussi les écureuils
bouffent toutes mes freizes dans le potager,
Profites-en, colle toi-ça dans le fusil,
Allez reprends-en, reprends-en j'te dis !